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Olivier Francomme

Note de lecture sur l’ouvrage de Victor Acker

C Freinet : l’histoire d’un jeune intellectuel

samedi 21 novembre 2009, par Olivier Francomme

Victor Acker, Célestin Freinet (1896-1966) : l’histoire d’un jeune intellectuel., éditions L’Hamattan, Paris, 2006, 228p. Notes de lecture Olivier Francomme octobre 2009

Victor Acker, est décédé dans la région de New York, le 9 août 2007, à l’âge de 67 ans ; Victor Acker était un ancien élève du Lycée Français d’Alexandrie. Son livre est issu de 2 années de recherche en France (de septembre 1995 à octobre 1997) et d’une thèse de sciences de l’éducation à l’Université Rennes 2 Haute-Bretagne, soutenue en 1997, et dont le Directeur de thèse était Patrick Boumard.

En fait ce livre ne fait que 163 pages et non 228, la différence, ce sont les documents, articles, ouvrages, pétitions, lettres, rapports de police,… identifiés, recensés par l’auteur, qui concernent Célestin Freinet ou qui ont fortement agi sur C Freinet. En tout 580 références, localisées et consultables !

Mais il y a d’autres apports originaux, ce sont les penseurs, intellectuels qui ont façonné la pensée éducative de C. Freinet. Les références sont multiples et aussi, grâce à ce livre, originales et surprenantes :
Rabindranath Tagore (école Shantiniketan), Jan Lighart, William Sanderson, Jean Rostand, John Dewey (les écoles nouvelles), Heinrich Johann Pestalozzi, Jean-Jacques Rousseau, Paul Robin (orphelinat Prévôt à Cempuis), Jean Galtier-Boisière, Adolphe Ferrière, Ovide Decroly (L’Hermitage à Bruxelles), Jean Piaget, Maria Montessori, Pierre Bovet, Rabelais, Cousinet, Montaigne, Anton Makarenko, Paul Geheeb (école d’Odenwald en Allemagne), pour les principales références.

C. Freinet a aussi entretenu une correspondances avec Henri Barbusse.

L’auteur a aussi recensé les revues dans lesquelles Freinet a écrit :
L’internationale de l’enseignement, Clarté, Monde, Pédagogie soviétique, L’école émancipée, La nouvelle critique, L’école et la nation, Notre arme, et L’éducateur.

Victor Acker a aussi montré l’influence de Freinet à l’étranger, comme au Brésil (Paolo Freire), et au Bénin (Eustache Prudencio).

Sur le livre :

Le style du livre va surprendre, parce que bien qu’issu d’une thèse, il revêt parfois des aspects de prose romanesque, dans ses tournures, ses répétitions, ses anecdotes…

Le chapitre 7 consiste en une grande bibliographie chronologique de 40 pages consacrées aux traces des différentes parties de la vie de C Freinet. Contenu du livre :

La préface a été écrite par Patrick Boumard, le directeur de thèse de Victor Acker.

Ce livre est une étude documentaire, à l’américaine : exhaustive, sans parti pris, quand « La réalité du document résout le débat d’idées » .

Introduction et problématique : qui était Célestin Freinet ? (p15) Ce livre aborde deux axes : un axe historique et un axe théorique.

Chapitre 1 : Les débuts (1896-1932) p31.

Il est composé de récits de morceaux d’enfance, au travers desquels on s’aperçoit que C. Freinet n’a quasiment aucun souvenir de l’école qu’il a vécue. Il traite aussi de l’apparition de la correspondance scolaire dans ses pratiques de classe, qui s’étendra ensuite aux cahiers de roulement, puis aux échanges de cartes,… Ces échanges de productions deviendront rapidement internationaux : Belgique, Suisse, puis Espagne, Indochine.

Dans ce chapitre, l’auteur va chercher, dans les textes originaux des penseurs, les idées reprises par C. Freinet, ou celles dont il va se distinguer.

Chapitre 2 : Freinet et l’affaire de Saint Paul (1929-1932) p77.

Victor Acker est allé chercher dans toutes les archives les articles, documents, témoignages sur ce qui est devenu au fur et à mesure « une affaire ».

Tout est parti des conditions de vie particulièrement difficiles de l’école de Saint Paul. Puis les positions se radicaliseront, et se focaliseront en particulier autour de l’engagement politique de C. Freinet.

Chapitre 3 : Autour de la deuxième guerre mondiale. (p 107)

C’est le moment où Freinet veut créer sa propre école, l’auteur rend compte des difficultés rencontrées pour ouvrir son école, véritable lieu d’expérimentation pédagogique et éducative.

Pendant son internement, Freinet posera les jalons d’un certain nombre de ses livres .

Chapitre 4 : Freinet et le PCF (1949-1954) p 127.

Le film « l’école buissonnière » (réalisé en 1948) a été a l’origine d’une dispute entre Freinet et le PCF, par l’entremise de G. Snyders.

L’auteur montre, à travers des articles publiés dans Clarté, comment Freinet s’est approprié les pratiques innovantes à l’étranger (dont l’URSS), et aussi quelles distances il en a pris. C’est sans doute au cours d’un voyage de travail à l’étranger que Freinet décidera d’adhérer au PCF (en 1928).

Chapitre 5 : Freinet de 1953 à 1966 (p 155)

A partir de1954, Freinet, ayant quitté le PCF, s’engagea davantage dans l’ICEM où il a lancé de nombreux travaux. De plus, il a rédigé un grand nombre d’ouvrages, et poussé à la mise en place de revues (dont Techniques de vie,…). Parmi les évènements importants de cette époque, il y a la rupture avec le groupe parisien dirigé par Fernand Oury et René Fontvielle.

Chapitre 6 : Conclusion p 159

Ce livre avait quelques prétentions : tracer le parcours de C Freinet à l’aide de jalons, montrer l’influence de pédagogues éminents auxquels il a emprunté des idées (Decroly étant le plus proche), et découvrir les raisons pour lesquelles Freinet a quitté l’Education Nationale.

Victor Acker a un regret, que l’accès aux archives de Madeleine Freinet lui aient été interdites…

A travers l’œuvre de Freinet , on peut voir qu’il s’est beaucoup battu sans être aigri et qu’il a continué toute sa vie avec une grande obstination d’avancer dans ses perspectives.

La fin de l’ouvrage de Victor Acker est consacrée au recensement des ouvrages, documents cités dans le livre, ainsi que les articles et références des penseurs qui l’ont influencé. Il y a aussi une petite biographie, qui pointe les moments décisifs de sa vie d’homme et d’intellectuel.

La lettre à Cogniot du 12 juin 1951 est publiée in extenso, Elle aurait sans doute permis d’apaiser les tensions avec le PCF mais elle n’a pas été publiée.

On sort de ce livre avec la sensation d’avoir côtoyé un autre Célestin Freinet, méconnu mais égal à lui-même : travailleur infatigable et obstiné, penseur vif et engagé,… Un livre plein de fraîcheur.

P.-S.

Pour écrire à l’auteur : olivier.francomme@icem-freinet.org

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