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ou la sécurité dépasse la miction
mercredi 8 février 2006, par
Au conseil des maîtres, Madame la directrice monte sur ses grands chevaux sécuritaires. Elle rappelle avec force que la fréquentation des couloirs est formellement interdite aux élèves en dehors des montées et descentes en récréation. Qu’en cas d’accident, elle ne « couvrira pas », les enseignants ne faisant pas respecter cette règle. Marc, remplaçant dans un CP (2ème année de Cycle 2 paraît-il) n’en mène pas large.
Ainsi, ses CP menacent gravement leur sécurité, celle de l’établissement et la sienne, avec sa complicité. Ils ont parfois des besoins pressants et il autorise les sorties pipi pendant la classe depuis qu’une petite a arrosé sa culotte. Leur pipi est donc dangereux. Non qu’il risque de noyer leur local : les toilettes sont au premier étage, le CP au second.
Ce CP aurait certainement pu être déménagé au premier, à proximité des toilettes. C’est ignorer que dans notre belle école publique il est plus facile de déplacer un ministre qu’une classe. De plus le maître n’est que remplaçant… La titulaire ne créait pas tous ces problèmes , la maîtresse de l’autre CP laisse sans culpabilité l’incontinent baigner dans son jus jusqu’à la sortie des classe. Marc est évidemment coupable de tolérer de tels débordements (!) alors que le trajet pour les pissotières est si long et périlleux.
Il reste coincé entre deux injonctions devenues contradictoires : « respecte les enfants ET la règle ».
L’inspectrice passant dans l’école, il lui fait part de son dilemme :
C’est un problème, vous devez faire ce que vous dit la directrice.
Alors je les laisse s’uriner dessus en classe comme c’est arrivé il y a 3 semaines ?
Mais non, il faut être humain tout de même !
Alors je les laisse descendre aux toilettes ?
Euh… et bien c’est à dire que vous êtes responsable, c’est interdit.
Très bien, donc je fais quoi ?
Et bien je vais en parler à la directrice, nous allons trouver une solution.
Elles en ont discuté. Elles ont trouvé la solution. Le lendemain Madame la directrice, remontée, entraîne Marc dans son bureau : « tu n’as pas le droit de laisser les enfants hors de ta surveillance. Je te l’interdis. » (C’est une école au goût du jour, le tutoiement est de rigueur, comme l’autorité de Madame la directrice.)
Retour à la case départ. Il n’y aura plus de discussion sur ce sujet. C’est réglé.
Pour que les CP ne soient pas condamnés longtemps encore à se tortiller sur leurs chaises ou à se compisser honteusement, il faudrait des couloirs, escaliers et pipi rooms sous vidéo surveillance, un bracelet électronique voire une puce du même métal pour tout délinquant potentiel puéril, un édicule produit par une grande maison d’édition et agréé par l’Éducation nationale aménagé dans chaque classe, ou des seaux hygiéniques réglementaires, ceux des plans de confinement (un de ces dispositifs devrait bien sûr être exigé par une Autorité supérieure, approuvé par la DASS et la Commission de sécurité de la Préfecture), soit un changement de règlement, de directrice ou d’équipe ( ?) pédagogique, Bref l’avenir des fonds de culotte est bouché à court terme.
« Il faut être humain, tout de même » (ce « tout de même » est savoureux, je ne m’en lasse pas !) mais à ses risques et périls (ça l’inspectrice avait oublié de le mentionner) aussi mesurés que possible. On ne peut que monter avec les enfants des opérations de camouflage et de déplacement furtif en milieu hostile. La résistance au cycle 2. Ils connaîtront ainsi les joies du pipi clandestin et de « l’humanité tout de même ». Une saine pédagogie est à ce prix. La liberté d’excrétion aussi.
Jean Louis Maudrin
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